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Galerie d'art des collines
29 mars 2026

Que de partage lors du vernissage de l'exposition de Maja Polackova.

Merci de votre présence ce soir et d’avoir choisi de consacrer un peu de votre temps à la rencontre de l’univers de Maja Polackova, ici, en milieu rural, si loin des places du marché de l’art. Vaucelles n’est pas Bruxelles, évidemment. Pourtant, son charme fascine celles et ceux qui, comme moi — ou plus fous encore — ont cru possible d’implanter une galerie au milieu des champs et des bois, au bout du monde, selon certains.

Maja est une artiste qui a choisi d’entreprendre des études artistiques après un parcours universitaire qui l’orientait vers une thèse de doctorat, en Belgique. D’un côté, une intelligence manifeste, un savoir solide, une voie toute tracée — croyait-on. De l’autre, un cœur aux abois, un ventre vibrant d’enthousiasme, d’émerveillement, d’élans créatifs et inventifs.

D’un côté, une pensée stricte, rigoureuse, presque linéaire — celle qui, selon Einstein, conduit en ligne droite du point A au point B. De l’autre, une pensée intuitive, ouverte à l’imagination — cette force qui, toujours selon Einstein, peut conduire partout. Une pensée qui emprunte des raccourcis, des chemins de traverse, des détours imprévus. Car, dans le vécu, qu’est-ce qui compte réellement : est-ce l’objectif à atteindre ou l’expérience sensible qui se déploie en chemin ?

Maja n’est pas dans l’obsession de représenter ce que beaucoup croient être le réel. Grâce à sa sensibilité singulière, à ses mains connectées à ses tripes, à ses gestes de découpage devenus des automatismes guidés par les forces inconscientes du moment, elle projette et colle des émotions sur des supports variés, de la feuille de papier aux murs plafonnés.

Ces émotions sont le reflet de son riche parcours, de sa Slovaquie natale communiste à son pays d’adoption, la Belgique, accompagnée par l’écrivain Paul Emond. Et ces émotions sont humaines : elles nous parlent. Ouvrir les yeux — plus que voir — regarder, contempler, méditer devant les constructions de Maja, c’est peut-être surtout ouvrir nos oreilles intérieures et percevoir les cris, les pleurs, les rires, les soupirs, la joie, non pas de Maja, mais les nôtres, réveillés par son art.

Pour aller au cœur des vécus, Maja découpe. Intentionnellement, inconsciemment, par habitude mûrie au fil du temps. Elle déstructure, puis organise, enthousiaste, émerveillée, dans un état d’esprit créatif. Elle réinvente une réalité qui parle à celles et ceux qui acceptent d’ouvrir la porte de leur cœur, en laissant de côté certains mécanismes de défense. Oser s’accepter en tant qu’être humain, c’est bien plus que se soigner dans un monde rempli d’agressivité et de méchanceté — souvent l’expression de frustrations mal digérées. Oser l’authenticité, c’est accepter les limites de la condition humaine, c’est guérir psychologiquement de ce manque à être immortel, tout en accueillant le vieillissement comme une réalité à admettre et à assumer.

Et Maja découpe du papier journal. Elle est née avec ce matériau qui nous apporte des nouvelles de nos villages, de nos villes, de notre pays, du monde, et même de l’espace.

Le papier journal sollicite tous nos sens : il parle, il bruisse sous les doigts, il a une odeur, une texture, une couleur — du noir et blanc aux teintes les plus diverses. Et il se fait de plus en plus rare, impuissant dans la bataille qui l’oppose aux écrans toujours plus sophistiqués, qui en aveuglent plus d’un, au figuré comme au propre.

En utilisant le papier journal, Maja ancre son travail dans l’histoire d’une forme de communication qui résiste à l’effacement. Des dessins au charbon tracés du bout des doigts, à l’écriture à la plume, puis à l’imprimerie et enfin à l’ère informatique, le journal a traversé les siècles comme un témoin fragile mais tenace. Il porte sur ses pages les empreintes du monde : les nouvelles du jour, les drames et les joies, les espoirs et les colères, les victoires comme les défaites de l’humanité.

Chaque morceau découpé est un éclat d’histoire ; d’un acte adroit naît une figurine fragile. Chaque collage prolonge le geste initial dans une tentative de retenir ce qui passe. Chaque petit personnage porte une parcelle du passé, du présent et du futur par sa forme, sa couleur, sa consistance — et tout devient mouvement. Ainsi, Maja ne travaille pas seulement la matière : elle travaille le temps. Elle assemble des traces, des souvenirs, des fragments du monde pour en faire des œuvres qui nous renvoient à notre propre vécu, à nos mémoires, à nos silences.

Le papier journal devient alors un matériau de mémoire, un support de sensibilité, un fragment du réel qui, entre ses mains, se métamorphose en émotion.

Son art nous rappelle que rien n’est jamais définitivement perdu tant que quelqu’un accepte de le regarder, de l’écouter, de le ressentir. Et que, parfois, un simple morceau de papier journal peut contenir plus de vérité, de fragilité et d’humanité que bien des discours.

La présence de celles et ceux qui ne sont pas là, qui ne sont plus là, de celles et ceux qui ont rejoint l’orient éternel, demeure, parfois endormis, dans nos cœurs, nous les vivants. Maja réveille ces présences, ces histoires.

 

Que de partage lors du vernissage de l'exposition de Maja Polackova.
Que de partage lors du vernissage de l'exposition de Maja Polackova.
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